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« Qui est le rêveur dans le rêve ? Est-ce le je qui marche, et parle, et court dans la nuit, est-ce le même je que celui de la lumière du jour, est-ce un autre je, est ce que cet être nocturne en proie à des hallucinations a quoi que ce soit à me dire ?»

 

La femme qui tremble - Siri Hustvedt


 

Je me demande pourquoi je rêve si souvent et depuis longtemps d’eau, de mers déchaînées, d’inondations, de pluies diluviennes, de vagues immenses jaillissantes. Des visions puissantes à la fois sublimes et terrifiantes, qui me laissent au réveil, sur les rivages de la réalité, troublée. De quoi ces images peuvent-elles être le symbole ? Est-ce l’expression d’un débordement d’émotions, d’une énergie vitale, ou de peurs nourries d’images et de discours d’apocalypse ? Et “qui est le rêveur dans le rêve” ; est-ce une part de nous même à la conscience plus aiguisée, connectée à une sorte de mémoire collective ? La question des rêves, encore empreinte de mystère, mérite à mon sens, une attention particulière aussi bien individuellement que collectivement. Je consigne les miens depuis une dizaine d’années dans des carnets ; à leur relecture, j’observe les récurrences, les déclinaisons de motifs, pour essayer de comprendre ce qu’ils peuvent révéler. J’ai voulu me saisir de la photographie pour prolonger et partager cette quête, avec les spécificités propres au médium. Il ne s’agit pas de représenter ou d’illustrer mes rêves, mais plutôt de retranscrire par une mise en scène, leurs sensations liées à l’omniprésence de l’eau, et de laisser émerger des images qui, à l'instar du rêve, pourront être vues comme des symboles à interpréter.