Pèlerinage d’après Têt

24 février 2018 

 

Les jours suivant le Têt (nouvel an lunaire), les vietnamiens ont pour coutume de se rendre au temple, une sorte de petit pélerinage pour bien démarrer l’année. Je reçois la veille au soir un message de Ngan qui me propose de partir en expédition le lendemain à 7h. Nous voilà en route sur son scooter vers la pagode de Huong qui se trouve à quelques kilomètres de là vers Ha Tinh. On traverse les champs, avec du Elliott Smith dans les oreilles. Arrivées à destination, on retrouve son groupe d’amis et embarquons rapidement à bord d’un bateau qui nous conduit vers la montagne où se trouve la pagode. Commence alors une longue marche et ascension avec les chaussures pas du tout adéquates. Ngan ne m’avait pas prévenu ! On fait des arrêts réguliers soit pour bruler de l’encens par ci, par là, soit pour souffler un peu. Les vietnamiens sont très nombreux à se rendre à cette pagode, le chemin est bondé de monde, c’est comme un jour de rassemblement et c’est impressionnant de voir tout ces gens prier et rendre hommage à leur ancêtres. Des milliers de bâtonnets d’encens sont plantés à certains endroits du chemin et attestent d’un passage, d’une présence récente. Moi aussi, j’enfoui les miens près d’un arbre. Le temps est brumeux, blanc, vaporeux, un peu étrange, il rend la scène mystérieuse, le moment mystique. Parfois, au détour d’un passage, on entend une musique instrumentale de méditation, qui sort d’hauts parleur accrochés à des arbres. Au sommet, c’est une foule condensée qui s’agite un peu dans tous les sens, des plateaux recouverts d’offrandes dans les mains ou des bouquets d’encens qui se consument. Leur fumée se mélange avec la brume. L’odeur prend aux narines. 

Dans un coin, les plateaux vides s’entassent les uns après les autres avec des restes des offrandes balancés en vrac. De nombreux déchets parsèment la route et contrastent avec la beauté du lieu. Des gens viennent bruler de l’argent de la chance, « Lucky money » dans un grand four. Un moine habité en orange récite un  mantra, une famille prie avec ferveur à ses côtés, pieds nus, agenouillées sur une natte. Après avoir reçu quelques gouttes d’huile du tigre sur les mains, je caresse une statue de tigre qui selon les croyances porte chance. Le haut de sa tête et certaines parties de son corps sont polies par le passage de tant de mains. Ngan et Minh s’agenouillent près du moine de tout à l’heure et lui demande de bénir quelques objets. Il récite des paroles que je ne comprends bien sûr pas mais qui sonnent de façon apaisante. Il se lève et envoie quelques gouttes d’eau bénite sur les personnes qui l’entoure, j’en reçois quelques unes après un échange complice de regards avec le moine. Je suis intégrée pleinement à la journée, un sentiment de sérénité rempli mon coeur. Je me sens privilégiée d’assister à un tel moment parmi les vietnamiens. Après avoir rendu hommage, nous nous retrouvons avec les amis de Ngan pour manger et se reposer un peu. Ils jouent aux cartes dans la bonne humeur, assis sur des nattes qui donnent vue sur la forêt. Quand nous revenons le soir, il est déjà 18h, je suis vidée et en même temps pleine de cette journée inattendue.